Les produits structurés n’ont jamais été aussi populaires auprès des épargnants français. En deux ans seulement, la collecte annuelle a quasiment doublé, portée par la recherche de solutions offrant un couple rendement/risque plus encadré dans un contexte de volatilité et de taux plus élevés.
Mais derrière cet engouement se cachent des pièges bien réels qu’il convient de connaître avant d’investir. Dans cet article, nous vous proposons un tour d’horizon complet : brève histoire des produits structurés, essor récent du marché, principaux pièges à éviter (frais “up-front”, durée, indices à décrément, panier avec worst-of, risque émetteur) et modalités de souscription en France.
Bref historique : de produit de niche à un essor fulgurant en France
Les produits structurés, tels que nous les connaissons aujourd’hui, se sont développés au cours des années 1990, à mesure que les banques ont industrialisé des solutions combinant une composante obligataire et une composante optionnelle afin de proposer des profils de remboursement définis à l’avance. Longtemps considérés comme des produits pour investisseurs avertis, ils se sont progressivement diffusés dans les allocations patrimoniales.

En France, la dernière décennie a marqué un tournant : l’environnement de marché (taux bas puis remontée des taux, volatilité, recherche de rendement) a accéléré leur adoption. Entre 2021 et 2023, la collecte annuelle a fortement progressé (de l’ordre de 23 Md€ à près de 42 Md€), tandis que l’offre s’est étoffée.
Les données et synthèses relayées sur 2024-2025 confirment une poursuite de la dynamique, notamment via l’assurance-vie (unités de compte), devenue un canal majeur de distribution.
Avant d’aller plus loin, rappelons une idée simple : juridiquement, un produit structuré est souvent une obligation émise par une banque (ou un véhicule d’émission), dont le rendement et le remboursement dépendent d’une formule. Cette formule est construite en combinant une brique obligataire (qui contribue à la protection du capital) et une brique optionnelle (qui finance le coupon et les scénarios de performance).

Les principaux pièges des produits structurés à connaître
Malgré leurs atouts, les produits structurés comportent des pièges : frais difficiles à apprécier, illiquidité, sous-jacents peu lisibles, mécanismes pouvant amplifier le risque, et dépendance à la solidité de l’émetteur. Voici les points de vigilance à examiner systématiquement.
1) Des frais initiaux élevés et peu visibles (frais up-front)
Le coût est l’un des premiers pièges. De nombreux produits structurés intègrent des frais “up-front” prélevés dès la souscription sur le montant investi. Ils ne se matérialisent pas toujours par une ligne de frais clairement visible : ils sont souvent “intégrés” dans la construction financière du produit, ce qui réduit le rendement attendu.
Dans la pratique, ces commissions peuvent représenter plusieurs points de pourcentage et l’écart type sur le marché est important de 6% à 2% (Sapians proposant 2% à ses clients). Plus elles sont élevées, plus le produit doit “travailler” pour compenser ce handicap initial. Un coupon attractif doit donc être analysé net de frais (et en tenant compte des frais de l’enveloppe, notamment en assurance-vie).
Notre conseil, demandez à votre conseiller de vous écrire formellement dans un mail l’up-front appliqué sur vos produits structurés passés et futurs.
Nous avons rédigé un guide complet pour vous aider à comprendre et négocier vos frais d'investissement. Remplissez le formulaire ci-dessous pour le recevoir par mail.
2) Durée et liquidité : un horizon souvent long, une sortie anticipée parfois pénalisante
Les produits structurés sont conçus avec une durée maximale (souvent 5 à 12 ans). Certains intègrent un mécanisme de remboursement anticipé (autocall), ce qui peut raccourcir la durée effective si le marché est favorable. À l’inverse, si les conditions de rappel ne se déclenchent pas, le produit peut aller au terme.
Les produits structurés à capital garanti, sont souvent proposés avec une durée maximale de 12 ans, c’est donc un paramètre important à prendre en considération dans sa planification patrimoniale.
Attention car de nombreux produits ne prévoient pas une date de rappel avant l’échéance précise. Le rappel peut arriver « au gré de l’émetteur » ce qui signifie que l’émetteur du produit (la banque) peut de son plein gré choisir la date de rappel du produit.
Ce facteur ajoute une inconnue non négligeable dans la durée du produit et donc doit être bien compris dans sa stratégie.
Point clé : la protection du capital (totale ou partielle) ne vaut généralement qu’à l’échéance. Une revente avant terme se fait au prix de marché, qui dépend des taux, de la volatilité et du niveau du sous-jacent. Résultat : même un produit présenté comme “protégé” peut afficher une moins-value temporaire si vous devez sortir plus tôt.
3) Les indices à décrément : un sous-jacent qui peut pénaliser la trajectoire
Parmi les pièges les plus fréquents des produits structurés figure l’utilisation d’indices à décrément. Leur nom est souvent technique, parfois peu explicite, et leur fonctionnement mal compris par les investisseurs. Pourtant, le décrément a un impact direct et mécanique sur la performance du sous-jacent, et donc sur la probabilité de percevoir un coupon ou de bénéficier d’une protection du capital.
Un indice à décrément est un indice synthétique, généralement créé par une banque, qui reproduit l’évolution d’un indice boursier classique (comme l’Euro Stoxx 50 ou le S&P 500), moins un pourcentage fixe prélevé chaque année. Ce pourcentage correspond au décrément, souvent exprimé en taux annuel, par exemple 4 %, 5 % ou 6 % par an.
Concrètement, cela signifie que l’indice est pénalisé de façon automatique et continue, indépendamment de la performance réelle du marché.
L’objectif affiché du décrément est de neutraliser le rendement des dividendes. En théorie, si un indice actions verse en moyenne 4 à 5 % de dividendes par an, retrancher ce montant permettrait de travailler sur un indice “hors dividendes”, plus simple à structurer.
En pratique, le décrément est surtout un outil d’ingénierie financière. Il permet à l’émetteur :
- de réduire le coût des options intégrées dans le produit structuré,
- d’augmenter artificiellement le niveau du coupon affiché,
- tout en diminuant la probabilité que les conditions favorables au client se réalisent.
Autrement dit, le décrément est souvent ce qui finance le coupon attractif mis en avant dans la plaquette commerciale.
Le pourcentage de décrément : un paramètre clé souvent sous-estimé
Le niveau du décrément est déterminant. Un décrément de 5 % par an signifie que, toutes choses égales par ailleurs, l’indice doit progresser de plus de 5 % par an simplement pour rester stable.
Or, dans la réalité :
- les dividendes réellement versés par les indices sont variables,
- certains indices (technologie, croissance) versent peu ou pas de dividendes,
- le décrément est fixe, même lorsque les dividendes baissent.
Résultat : lorsque le décrément est supérieur aux dividendes réellement distribués par l’indice, l’indice à décrément sous-performe structurellement l’indice classique.
Exemple concret chiffré : l’impact réel du décrément dans le temps
Prenons un exemple simple et volontairement réaliste.
Un produit structuré est indexé sur un indice actions à décrément de 5 % par an.
L’indice de référence (sans décrément) progresse de +6 % par an sur la période, dividendes inclus.
- Indice classique :
+6 % par an → après 5 ans, 100 devient environ 134 - Indice à décrément 5 % :
Performance brute : +6 %
Décrément : −5 %
Performance nette annuelle : +1 %
Après 5 ans, 100 devient environ 105.
L’écart est considérable : 29% de performance perdus, uniquement dus au mécanisme de décrément.
Dans un produit structuré, cet écart peut faire toute la différence :
- l’indice classique serait largement au-dessus de son niveau initial,
- l’indice à décrément peut rester proche de son point de départ, voire en dessous,
- le coupon peut ne jamais être versé,
- le mécanisme de remboursement anticipé peut ne jamais s’activer.
Les conséquences concrètes pour l’investisseur
Le décrément a plusieurs effets cumulatifs :
- D’abord, il réduit mécaniquement la probabilité de versement des coupons. Même dans un marché légèrement haussier, l’indice à décrément peut rester sous le niveau requis aux dates d’observation.
- Ensuite, il augmente le risque à maturité. Une barrière de protection du capital à −40 % paraît confortable, mais si l’indice est déjà pénalisé de −5 % par an, cette barrière peut être atteinte plus rapidement qu’anticipé.
- Enfin, le décrément rend la lecture du produit moins intuitive. Deux produits apparemment similaires, l’un indexé sur un indice classique, l’autre sur un indice à décrément, peuvent avoir des profils de risque très différents, malgré un coupon affiché comparable.
Le bon réflexe patrimonial
Un indice à décrément n’est pas nécessairement “mauvais” en soi. Il peut avoir du sens :
- si le décrément est modéré,
- si l’indice sous-jacent verse historiquement des dividendes élevés,
- si le coupon proposé compense réellement cette pénalisation.
En revanche, un décrément élevé sur un indice peu généreux en dividendes doit être analysé avec une grande prudence.
Chez Sapians nous n’utilisons pas d’indice à décrement mais des indices purs tels l’eurostoxx banks, ou l’euro stoxx 50. Si toutefois, vous utilisez des indices à décrément, privilégiez des décréments en pourcentage et non en points.
4) L’effet worst-off : diversification apparente, risque amplifié
Beaucoup de produits structurés s’appuient sur un panier de sous-jacents (plusieurs actions ou indices). Cela peut sembler diversifiant, mais dans une structure “worst-off”, c’est la pire performance du panier qui pilote le remboursement ou le risque final.
Dans ce cas, une seule valeur en forte baisse peut suffire à dégrader le résultat, même si les autres sous-jacents résistent. Plus il y a de sous-jacents, plus la probabilité qu’au moins l’un d’eux décroche augmente. Dans les phases de stress de marché, les corrélations montent souvent, ce qui rend le risque plus difficile à contenir.
5) La notation financière de l’émetteur : un risque de crédit trop souvent oublié
L'émetteur est l'entité qui crée et émet l'obligation constituant le produit structuré. Le plus souvent, il s'agit d'une banque, comme Société Générale ou Morgan Stanley, mais cela peut également être une institution financière, telle que Marex, disposant d'un programme d'émission.
Lorsqu'un client final investit dans un produit structuré émis par une entité comme Société Générale, il est exposé au risque de défaut de cette entité. Cela signifie que si l'émetteur n'est pas en mesure de rembourser le montant investi, l'investisseur pourrait ne jamais récupérer son capital initial, même si les conditions de remboursement sont réunies. Exemples d’émetteurs : Natixis, Société Générale, Marex, Goldman Sachs…
Vérifiez la notation (Investment Grade, etc.), la structure juridique de l’émission et, le cas échéant, l’existence d’une garantie par une maison-mère. En pratique, il est prudent d’éviter de concentrer une part trop importante de son allocation sur un seul émetteur.
Pour évaluer la solvabilité, les investisseurs peuvent se référer aux notations des agences telles que Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch.
Comment souscrire à des produits structurés en France ?
En France, les produits structurés peuvent être souscrits via plusieurs enveloppes, avec des implications différentes en matière de fiscalité, de disponibilité des produits et de frais.
Le compte-titres offre généralement la plus grande liberté de choix, au prix d’une fiscalité “valeurs mobilières”. L’assurance-vie (unités de compte) est très utilisée car elle apporte un cadre fiscal et patrimonial intéressant, mais elle ajoute ses propres frais (frais de gestion notamment) et dépend du référencement de l’assureur.
Certains produits peuvent exister en version compatible PEA (offre plus limitée) ou être logés dans un PER selon les contrats. Dans tous les cas, la documentation (DIC/KID, term sheet, scénarios, niveau de barrière, fréquence d’observation, modalités de rappel, etc.) doit être lue attentivement.
Pour aller plus loin, vous pouvez consulter notre article dédié : Produits structurés (guide complet)
Finaliser votre stratégie : éviter les pièges, choisir les bons produits
Les produits structurés peuvent être utiles dans une allocation si les conditions de marché sont réunis, à condition de sélectionner des structures cohérentes avec votre horizon, votre capacité à immobiliser du capital, votre sensibilité au risque et votre besoin de revenus. La valeur ajoutée se situe dans l’analyse : qualité de l’émetteur, lecture des frais, compréhension du sous-jacent, évaluation des scénarios défavorables et place du produit dans l’ensemble du portefeuille.
De façon générale, n’investissez que dans des produits que vous comprenez. Les produits structurés sont des solutions complexes et il est essentiel de bien intégrer toutes les variables du produit pour être certain qu’il soit cohérent par rapport à sa situation.
Vous envisagez d’investir en produits structurés ou vous souhaitez auditer des produits déjà proposés par votre banque ou votre conseiller ? Prenez rendez-vous avec un expert pour une analyse personnalisée et une allocation adaptée à vos objectifs.

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