La vente est signée, le capital est sur le compte, et une autre question arrive vite : que faire de ce que l'on a appris ? Beaucoup d'entrepreneurs qui ont cédé leur société veulent rendre une partie de ce que l'écosystème leur a donné, en finançant des fondateurs, en les accompagnant ou en soutenant une cause. Bonne intention, mais terrain glissant : on y perd facilement de l'argent, et parfois le sens que l'on cherchait.

Voici huit leçons tirées des entrepreneurs et investisseurs reçus dans le podcast Just Focus, qui sont passés de l'autre côté de la table.

À retenir

  • Redonner commence par sécuriser : on n'investit dans des start-up qu'une poche que l'on peut perdre, une fois son train de vie assuré.
  • On investit dans une personne plus que dans un business plan.
  • Le rendement réel est souvent faible : un invité qui a calculé son vrai TRI assimile ses tickets de business angel à de la quasi-philanthropie.
  • Votre expérience vaut plus que votre chèque, à condition de proposer sans imposer.
  • Seul, en club ou via un fonds : chaque formule a son coût en temps et en risque.
  • Le don pur est une autre voie, qui se traite comme une dépense et non comme un placement.

Leçon n°1 : Sécuriser d'abord, redonner ensuite

Le premier réflexe après une cession est rarement le bon : dire oui aux sollicitations qui affluent. Avant de financer qui que ce soit, il faut savoir combien de temps votre capital peut financer votre train de vie, et quelle part vous pouvez réellement immobiliser pendant dix ans, voire perdre. Les invités de Just Focus qui investissent dans des start-up le font tous avec une poche définie à l'avance, distincte du patrimoine qui assure leur sécurité et celle de leur famille.

Notre simulateur d’autonomie financière vous donne en deux curseurs un ordre de grandeur de la durée pendant laquelle votre capital peut vous faire vivre, et donc de ce qui reste disponible pour redonner.

Leçon n°2 : Investir dans une personne, pas dans un business plan

Olivier Duha, cofondateur de Webhelp, répète une règle qu'il applique à toutes ses initiatives :

« Start with a who, not with a what »

Olivier Duha, cofondateur de Webhelp, Just Focus #10

Olivier Duha, cofondateur de Webhelp, invité du podcast Just Focus

Il est aussi très attaché à la culture des sociétés dans lesquelles il investit : chez Webhelp, tout était copiable, sauf la culture, « le seul truc qu'on ne peut pas copier ». Rémy Sultan, cofondateur de Mistertemp, résume la même conviction dans un extrait de son épisode : il mise d'abord sur l'entrepreneur, le business plan vient après. Un cédant a passé des années à recruter et à juger des dirigeants : c'est précisément la compétence qui manque à la plupart des investisseurs.

Rémy Sultan, cofondateur de Mistertemp, dans Just Focus.

Leçon n°3 : Accepter que le rendement soit faible

C'est la leçon la moins dite et la plus utile. Geoffroy de Becdelièvre, fondateur de Marco Vasco, ne mâche pas ses mots sur l'investissement en start-up :

« Investir dans les startups, il n'y a rien de plus dur, objectivement. C'est le casino. »

Geoffroy de Becdelièvre, fondateur de Marco Vasco, Just Focus #19

Il a fait l'exercice que peu de business angels font : calculer le vrai TRI de ses investissements en start-up. Sa conclusion, à laquelle il dit avoir mis dix ans à arriver : c'est sympathique, on soutient l'entrepreneuriat, mais il faut presque considérer que c'est de la philanthropie, tant le rendement est faible comparé à celui de bons fonds. Un rendement élevé reste possible sur un portefeuille large et bien construit, mais la dispersion est énorme : mieux vaut entrer dans cette activité en sachant qu'une partie de l'argent relève, de fait, du soutien.

Rémi Douchet, cofondateur d’iVesta et de Sapians, sur l’effet de la dilution, dans Just Focus.

Leçon n°4 : Votre expérience vaut plus que votre chèque

Pauline Duval, directrice générale du Groupe Duval et business angel active, investit aux côtés d'entrepreneurs autant pour transmettre que pour financer :

« Quand j’investis même à côté d’entrepreneurs dans des startups, finalement c’est aussi pour transmettre, parfois mentorer. »

Pauline Duval, Groupe Duval, Just Focus #9

Pauline Duval, directrice générale du Groupe Duval, invitée du podcast Just Focus

Elle y ajoute son carnet d'adresses, et y associe parfois ses propres équipes, pour qui la rencontre avec de jeunes entrepreneurs est tout aussi formatrice. Céline Lazorthes, fondatrice de Leetchi et de Mangopay, a été la première à soutenir la start-up May, puis l'a mise en relation avec son réseau de business angels pour boucler son tour de table. Pascal Teurquetil, qui a dirigé le groupe familial Muller pendant plus de vingt ans, est mentor à l'Institut du mentorat entrepreneurial. Un fondateur qui lève de l'argent auprès d'un ancien entrepreneur achète aussi une expérience : celle de quelqu'un qui a déjà recruté, licencié, levé, vendu.

Leçon n°5 : Proposer, ne jamais imposer

Le revers de l'expérience, c'est la tentation de diriger à la place du fondateur. Olivier Duha s'impose une règle simple : à chaque investissement, il redit qu'il est disponible, sans attendre qu'on le sollicite et sans s'imposer. Charles Beigbeder, fondateur de Self Trade, de Poweo puis d'Audacia, situe la valeur de l'investisseur dans le partage d'expérience :

« Toutes les erreurs que nous avons commises, que nous partageons avec eux, c’est ça la vraie valeur. »

Charles Beigbeder, fondateur d’Audacia, Just Focus #23

Cela suppose aussi d'accepter un horizon long. Une start-up met souvent sept à dix ans à trouver son issue, et le business angel ne décide ni du calendrier ni du prix de sortie.

Charles Beigbeder, fondateur d’Audacia, dans le podcast Just Focus
Charles Beigbeder, fondateur d’Audacia, dans Just Focus.

Leçon n°6 : Seul, en club ou via un fonds

Investir seul demande du temps, un flux de dossiers et la capacité d'analyser chacun. Beaucoup d'entrepreneurs commencent ainsi, puis se rapprochent d'un club ou d'un fonds. Christophe Poupinel, cofondateur de Château Online et d'Ooreka, a rejoint après sa cession le fonds ISAI, fondé par des entrepreneurs pour des entrepreneurs, dans lequel il investissait déjà depuis dix ans :

« Être investisseur, c’est un métier où tu te bonifies avec l’âge. »

Christophe Poupinel, ISAI, Just Focus #13

Christophe Poupinel, cofondateur de Château Online et d’Ooreka, invité du podcast Just Focus

Les formules collectives se sont multipliées : Asterion Ventures s'appuie sur un réseau de 1 200 business angels autour d'un fonds, et des fonds comme Serena ou ISAI associent des entrepreneurs à leurs investissements. Elles mutualisent le risque et la sélection, au prix de frais et d'un rôle moins direct. Notre guide du business angel détaille les aspects pratiques : tickets, réseaux, pactes et fiscalité.

Rémi Douchet, cofondateur d’iVesta et de Sapians, sur les opportunités qui arrivent jusqu’à vous, dans Just Focus.

Leçon n°7 : Redonner sans attendre de retour

Le soutien à des start-up n'est pas la seule façon de redonner. Olivier Duha soutient Excellence Ruralités, un réseau d'écoles qui lutte contre le décrochage scolaire dans les territoires ruraux, et décrit cette étape comme une question de sens :

« C’est une vraie question… du sens qu’on veut donner à sa vie. »

Olivier Duha, Just Focus #10

Christophe Poupinel, lui, a créé une association caritative en vendant Ooreka. Le déclic : « à 50 ans, on gagne de l'argent, on veut give back », et l'envie de mettre ce qu'il savait faire, le digital, au service des associations. Rémy Sultan s'est engagé de son côté dans le monde associatif et à travers un fonds de dotation. Laurence Grandcolas, fondatrice de MySezame, consacre une poche de son patrimoine à la philanthropie, qu'elle traite comme une dépense et non comme un placement. Distinguer clairement ce qui relève du don et ce qui relève de l'investissement évite de juger un engagement philanthropique sur son rendement, ou un investissement sur ses bonnes intentions.

Leçon n°8 : Ce que l'on y gagne vraiment

Tous les invités le disent à leur façon : redonner leur rapporte. Pauline Duval trouve ces investissements enrichissants pour elle-même, et en revient avec un bagage nouveau pour sa propre entreprise. Pour beaucoup de cédants, accompagner des fondateurs permet de rester au contact de l'innovation, de garder la flamme entrepreneuriale sans reprendre un poste opérationnel, et de donner un fil conducteur à l'après-cession. C'est souvent ce qui manque le plus après la vente, comme le racontent les entrepreneurs de notre article que faire après avoir vendu son entreprise.

Si vous avez apporté vos titres à une holding avant la vente, l'investissement au capital de sociétés opérationnelles peut aussi servir au réemploi exigé par le régime de l'apport-cession. Notre simulateur d’apport-cession vous aide à mesurer ce que ce réemploi représente pour vous.

Les épisodes à écouter

En résumé

Redonner après une cession peut prendre trois formes : investir dans des start-up, accompagner des fondateurs, soutenir une cause. Les entrepreneurs de Just Focus convergent sur quelques principes : sécuriser son train de vie d'abord, définir une poche que l'on accepte de perdre, miser sur les personnes, offrir son expérience sans l'imposer, et séparer clairement le don de l'investissement.

Chez Sapians, nous aidons les entrepreneurs à organiser leur patrimoine après une cession, y compris la part qu'ils souhaitent consacrer à l'écosystème ou à une cause. Par transparence : Olivier Duha est cofondateur d'iVesta, Rémi Douchet cofondateur d'iVesta et de Sapians, Geoffroy de Becdelièvre est accompagné par iVesta, et Sapians distribue le fonds Audacia de Charles Beigbeder.

Questions fréquentes

Quelle part de son patrimoine consacrer à l'investissement en start-up ?

Il n'existe pas de règle universelle, mais seulement une poche que l'on peut se permettre de perdre en totalité et d'immobiliser pendant dix ans, une fois son train de vie et ses projets familiaux sécurisés. Les entrepreneurs interrogés dans Just Focus la fixent à l'avance pour ne pas céder aux sollicitations.

Faut-il investir seul ou via un fonds ?

Investir seul donne un lien direct avec les fondateurs mais demande du temps et un flux de dossiers. Un club ou un fonds mutualise la sélection et le risque, avec des frais et un rôle moins direct. Beaucoup de cédants combinent les deux.

Un business angel gagne-t-il de l'argent ?

Parfois beaucoup, souvent peu. La plupart des start-up échouent ou rendent moins que la mise, et quelques succès portent le portefeuille. Geoffroy de Becdelièvre, qui a calculé son vrai TRI, assimile ses tickets à du soutien aux entrepreneurs plutôt qu'à un placement.

Peut-on investir en start-up dans le cadre d'un apport-cession ?

Oui, la souscription au capital de sociétés opérationnelles fait partie des réemplois possibles, sous conditions. Le régime impose de réinvestir au moins 70 % du produit de cession dans les trois ans et de conserver ces investissements au moins cinq ans, pour les cessions réalisées depuis le 21 février 2026.