À retenir
En 2026, le principal enjeu des fonds LBO n'est plus la capacité à investir mais celle à sortir des actifs. Les durées de détention s'allongent, les cohortes 2018-2021 peinent à trouver des acquéreurs, et les fonds de continuation prennent le relais. Le financement s'est amélioré mais ne résout pas ce goulot d'étranglement : la performance future dépendra davantage de la gestion de la liquidité que du rythme d'investissement.
Après plusieurs années de croissance quasi ininterrompue, le marché des fonds LBO aborde 2026 dans une configuration profondément différente. Le capital reste abondant, les opportunités d'investissement ne manquent pas, mais la capacité à sortir des actifs est devenue le principal point de tension du private equity. Cette nouvelle donne oblige les fonds LBO à revoir en profondeur leurs priorités : gestion du temps, organisation de la liquidité, arbitrages stratégiques et relation avec leurs investisseurs (LPs).
Dans cet article, nous détaillons pourquoi les sorties ralentissent, comment les fonds LBO adaptent leur financement et leurs stratégies face à cette contrainte, et ce que cela change concrètement pour un investisseur exposé au private equity.
Pourquoi les fonds LBO peinent-ils à sortir de leurs actifs en 2026 ?
Le paradoxe du private equity en 2026 est désormais bien identifié. Selon le rapport mi-2026 de PwC (données PitchBook), le nombre de sociétés détenues par des fonds de private equity dans le monde atteignait 32 979 en mars 2026, un niveau quasi stable par rapport aux 32 776 de fin 2025, mais avec une composition de plus en plus ancienne : la durée moyenne de détention des participations a atteint un niveau historique de 6,6 ans.
Autrement dit, une part croissante des portefeuilles arrive à maturité sans que les conditions de sortie soient pleinement réunies : le stock de sociétés prêtes à sortir mais détenues depuis plus de quatre ans est estimé à 16 000 dans le monde, soit 52 % de l'ensemble des actifs sous LBO. Ce phénomène concerne tout particulièrement les fonds ayant investi entre 2018 et 2021, période de valorisations élevées et de forte concurrence à l'entrée : les hypothèses de sortie formulées à l'époque se heurtent aujourd'hui à un environnement moins fluide, tant sur le plan macroéconomique que financier.
Pourquoi la liquidité reste-t-elle le principal enjeu des fonds LBO en 2026 ?
Les données PitchBook citées par PwC illustrent le ralentissement des sorties : 34 % des sociétés sous LBO sont désormais détenues depuis plus de cinq ans, contre 28 % un an plus tôt. Les actifs ayant atteint leur maturité dans un contexte de marché dégradé se révèlent nettement plus difficiles à céder.
Cette dynamique alimente notamment le développement du private equity secondaire, qui permet à certains investisseurs d'accéder à des parts de fonds existants avec une décote, plutôt que d'attendre une sortie classique.
Malgré une reprise partielle des exits en 2024 et 2025, la croissance est restée plus forte en valeur qu'en volume : quelques grandes opérations suffisent à gonfler les montants globaux, sans pour autant permettre de résorber le stock d'actifs en attente de sortie, comme le détaille PitchBook dans son analyse sur l'élargissement de la fenêtre de sortie.
Le financement des fonds LBO s'améliore-t-il vraiment en 2026 ?
Contrairement aux années 2022-2023, le financement n'est plus le principal frein à l'activité LBO. Les baisses de taux engagées par la Réserve fédérale et la normalisation progressive des marchés du crédit ont nettement amélioré les conditions de financement.
Selon PitchBook, les spreads des prêts syndiqués (BSL) finançant des LBO sont tombés en moyenne à 305 points de base au-dessus du SOFR en 2025, leur plus bas niveau depuis 2007, contre 425 points de base au quatrième trimestre 2024. Le rendement à l'émission de ces prêts est ainsi retombé à 7,63 %, contre environ 9,5 % tout au long de 2024. Les spreads se sont resserrés, redonnant de la capacité aux sponsors pour structurer des opérations plus importantes. Le private credit reste également très actif, offrant des solutions flexibles dans un contexte où les marchés bancaires traditionnels redeviennent plus compétitifs. Cependant, cette amélioration des conditions de financement ne résout pas le problème central : la liquidité dépend avant tout des sorties, non de la capacité à investir.
Pourquoi les grands fonds captent-ils l'essentiel du fundraising en 2026 ?
La tension sur les sorties a un effet direct sur la levée de fonds. En 2025, les 10 plus grands fonds ont capté 45,7 % du capital levé au niveau mondial, contre 34,5 % en 2024 : la plus forte concentration de la décennie selon le rapport annuel de fundraising de PitchBook.
Les investisseurs institutionnels arbitrent de plus en plus en faveur de plateformes établies, capables de gérer des portefeuilles complexes sur des horizons plus longs, d'offrir une diversification multi-stratégies, et de structurer des solutions de liquidité alternatives. À l'inverse, les fonds émergents et first-time funds rencontrent des difficultés croissantes : selon PitchBook, seuls 48 fonds de première génération auraient bouclé leur levée aux États-Unis, un plus bas depuis 2010, pour un montant cumulé de 7,2 milliards de dollars, en repli de 36 % par rapport à l'année précédente. Pour un investisseur particulier, cette concentration renforce l'intérêt d'un classement des meilleurs FCPR fondé sur la qualité du gérant plutôt que sur la seule notoriété.
Fonds de continuation et secondaires : un pic suivi d'une normalisation ?
Face au ralentissement des sorties traditionnelles, les fonds de continuation se sont imposés comme une solution de liquidité incontournable. En 2025, PitchBook recense 147 exits liés à des continuation funds, pour une valeur totale record de 95,8 milliards de dollars, soit près de la moitié du volume total du marché secondaire mondial (226 milliards de dollars, en hausse de 41 % sur un an).
PitchBook anticipe que 2025 marquera un pic, avec une normalisation attendue en 2026 : à mesure que les marchés M&A et IPO se rouvrent progressivement, la demande pour ces solutions alternatives devrait se stabiliser, sans pour autant disparaître. Les fonds de continuation resteront pertinents pour les actifs nécessitant un temps de création de valeur supplémentaire, mais ne constitueront plus une réponse systématique aux blocages de marché.
Comment les fonds LBO adaptent-ils leur stratégie d'investissement en 2026 ?
Dans ce contexte contraint, les fonds LBO ajustent leurs stratégies. PitchBook anticipe une remontée en puissance des platform LBOs, qui pourraient représenter 25 % ou plus de l'activité private equity en 2026, contre environ 21-22 % en 2024-2025. Cette évolution reflète à la fois l'amélioration des conditions de financement, une volonté de sécuriser des actifs de taille critique, et la recherche de modèles capables d'absorber un horizon de détention plus long.
Parallèlement, les stratégies de buy-and-build et d'add-on restent centrales pour lisser le risque et soutenir la croissance opérationnelle. Sur le plan sectoriel, la technologie, l'intelligence artificielle, les infrastructures numériques et l'énergie concentrent l'attention des gérants, comme l'illustrent par exemple les stratégies sectorielles de fonds accessibles via Sapians tels qu'ISAI sur la tech ou Archimed sur la santé. Cette ambivalence, entre opportunité et risque de disruption rapide, renforce l'importance de la création de valeur opérationnelle par les équipes de gestion plutôt que du seul effet de levier financier.
Qu'est-ce que ces enjeux changent pour les investisseurs en private equity ?
Pour les investisseurs exposés aux fonds LBO, la période qui s'ouvre impose un changement de lecture. La performance future dépendra moins de la capacité à investir rapidement que de la capacité des gérants à gérer des portefeuilles vieillissants, organiser la liquidité dans un environnement imparfait, et maintenir un alignement de long terme avec leurs LPs. La première enquête annuelle de PitchBook auprès des professionnels du private equity américain (octobre 2025) montre que 43 % des répondants considèrent l'amélioration de l'environnement de sortie comme le principal facteur de performance pour les douze prochains mois, loin devant la macroéconomie (18 %) ou le coût du capital (17 %).
Concrètement, cela plaide pour une diversification par millésime et par stratégie plutôt qu'une concentration sur un seul fonds ou une seule année d'investissement, et pour un choix attentif de l'enveloppe de détention (FPCI, assurance-vie ou compte-titres selon l'enveloppe la plus adaptée) pour ne pas subir de plein fouet un allongement de la durée d'immobilisation du capital.
2026, une année charnière pour les fonds LBO
Les enjeux des fonds LBO en 2026 dépassent largement la simple reprise de l'activité. Le private equity entre dans une phase plus mature, où la gestion du temps et de la liquidité devient aussi stratégique que la sélection des actifs. Dans ce nouveau cycle, la capacité à structurer des sorties intelligentes, graduelles et adaptées au contexte de marché s'impose comme un facteur clé de différenciation, dans la continuité des transformations déjà observées avec l'essor des IPO privées et des solutions hybrides de liquidité.
Questions fréquentes
Pourquoi les fonds LBO ont-ils du mal à sortir de leurs actifs en 2026 ?
Parce que les cohortes investies entre 2018 et 2021, à des valorisations élevées, arrivent à maturité dans un environnement de marché moins fluide qu'anticipé. Les acquéreurs (autres fonds, industriels, marchés boursiers via IPO) sont plus sélectifs, ce qui allonge mécaniquement les durées de détention.
Le ralentissement des sorties signifie-t-il que le private equity devient moins rentable ?
Pas nécessairement. Cela signifie surtout que la performance nette pour l'investisseur final dépend davantage du calendrier des distributions et du choix du gérant que par le passé. Un actif de qualité détenu plus longtemps peut continuer à créer de la valeur opérationnelle, mais l'investisseur doit intégrer un horizon de liquidité plus long dans sa planification.
Qu'est-ce qu'un fonds de continuation et pourquoi se développe-t-il autant ?
Un fonds de continuation est un véhicule créé par un gérant pour transférer un ou plusieurs actifs de son fonds existant vers un nouveau véhicule, offrant une option de sortie ou de réinvestissement aux investisseurs initiaux. Il se développe car il permet de donner plus de temps à un actif de qualité sans forcer une sortie prématurée sur un marché difficile.
Faut-il éviter d'investir dans les fonds LBO dans ce contexte ?
Non, mais cela justifie une sélectivité accrue : privilégier des gérants avec un historique crédible de sorties réussies, diversifier les millésimes d'investissement, et choisir une enveloppe de détention adaptée à un horizon potentiellement plus long que par le passé.
Quels types de fonds privilégier face à ce contexte de liquidité tendue ?
Les fonds combinant plusieurs stratégies (LBO, secondaire, dette privée) permettent de mieux lisser le risque de liquidité. Le private equity secondaire en particulier offre un profil de durée plus court et une meilleure visibilité sur les flux de trésorerie que le LBO primaire classique.
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