Dans 'Du côté du coté' Nour Bendimered décrypte l'actualité des marchés financiers. La tendance de 2024, celle de l’exceptionnalisme américain, s’est complètement inversée en ce début d’année.
Cette vidéo a été enregistrée le 27 février 2025. Les données utilisées sont donc antérieures à cette date.
Le réveil de l’Europe
Ce sont en effet les marchés qui étaient à la traine, et notamment l’Europe et la Chine, qui ont surperformé grâce à un faisceau de nouvelles rassurantes.
En termes de performance :
Le S&P 500 affiche la moins bonne performance, avec 1.5%.L’Europe affiche une performance de 10.5%, largement soutenue par le secteur bancaire et les valeurs de la défense :
- La performance du secteur de la Défense est alimentée par les perspectives d’un cessez le feu entre la Russie et l’Ukraine, qui paradoxalement devrait s’accompagner par une forte hausse des dépenses militaires en Europe.
- Les données du marché immobilier sont encourageantes et l’épisode DeepSeek a donné une bouffée d’air frais au secteur technologique chinois qui enregistre un beau rebond de 40% et qui continue d’afficher une décote attractive contre la Tech US.

Attention toutefois, cet équilibre reste très fragile :
- Trump a annoncé des droits de douane de 25% sur les importations européennes qui toucheraient notamment le secteur automobile, et l’Europe a promis de réagir fermement. Ce contexte va nécessairement générer de la volatilité.
- Et enfin, le rebond des valeurs européennes s’est fait uniquement sur base d’expansion des valorisations, qui ramène les indices européens au-dessus de leurs moyennes historiques en termes de PER.
La personnalité phare du mois de février 2025
Notre Star du mois est Friedrich Merz, tout juste élu chancelier en Allemagne. Il hérite d’une économie allemande qui sort d’une période de stagnation économique marquée, mais d’une situation budgétaire confortable.
Les attentes sont fortes autour de son programme, notamment sur le plan budgétaire et fiscal : certains espèrent une modernisation de l’industrie, un allègement du fameux frein à l’endettement et un soutien accru à l’investissement.
Son véritable pouvoir de réforme dépendra néanmoins de la coalition qu’il parviendra à constituer au Bundestag, où les négociations s’annoncent délicates.
Le terme à retenir : le PER (Price Earning Ratio)
Le PER, ou price earning ratio, est le rapport entre le cours de Bourse d’une entreprise et son bénéfice net par action. Concrètement, c’est un indicateur de valorisation qui indique combien les investisseurs sont prêts à “payer” par euro de bénéfice généré.
Un PER élevé signifie que l’action est jugée “chère”. À l’inverse, un PER faible suggère une décote.
Attention, ces niveaux sont à comparer avec ce qui est comparable. Il convient donc de mettre le PER d’une société en perspective avec celui de ses concurrents du même secteur.
Par exemple, Nvidia, qui traite avec un PER de 28x, peut paraître excessivement cher si on le compare à Stellantis, qui traite avec un PER de 5x. Mais cette cherté de Nvidia apparaîtra beaucoup moins évidente en comparaison avec Microsoft, dont le PER est de 27x.
Cet indicateur est crucial pour comprendre l’évolution du marché et les attentes des investisseurs. Plus les valorisations seront élevées, plus les marchés seront exigeants.
Pour reprendre notre propos sur l’Europe, ce renchérissement des valorisations impose une amélioration des fondamentaux, et donc une poursuite du redressement économique.
Perspectives : poursuite de la rotation ?
La rotation que nous observons depuis le début d’année reste favorable pour nos allocations diversifiées.
Néanmoins, nous restons convaincus que les grandes tendances de fond – telles que l’essor de l’intelligence artificielle ou la surperformance structurelle des grandes valeurs américaines – finiront par reprendre le dessus à moyen terme.
Cette conviction est notamment renforcée par les récents résultats de Nvidia, qui confirment un engouement toujours très fort pour ces puces de dernière génération.
En résumé — février 2025
Retournement complet : l'exceptionnalisme américain qui avait dominé 2024 s'efface, et ce sont l'Europe et la Chine — les retardataires — qui mènent la hausse.
- S&P 500 à +1,5 %, Europe à +10,5 %, Chine à +18 % : la hiérarchie s'inverse.
- En Europe, la hausse vient du secteur bancaire et de la défense, portée paradoxalement par la perspective d'un cessez-le-feu en Ukraine et la hausse des budgets militaires.
- En Chine, l'épisode DeepSeek relance la tech locale (+40 %), qui conserve une décote face à la tech américaine.
- Deux fragilités : les droits de douane de 25 % annoncés par Donald Trump sur les importations européennes, et un rebond européen fondé uniquement sur l'expansion des valorisations.
- Le mot du mois : le PER, qui ne se lit qu'en comparaison sectorielle — Nvidia à 28x n'est pas cher face à Microsoft à 27x, mais l'est face à Stellantis à 5x.
Chez Sapians, une rotation de cette ampleur récompense les allocations diversifiées — et sanctionne les portefeuilles construits sur la tendance de l'année précédente.
Questions fréquentes
Qu'appelle-t-on une rotation de marché ?
Le basculement des flux d'une zone, d'un secteur ou d'un style vers un autre. Elle pénalise les portefeuilles concentrés sur les gagnants de la période précédente et profite à ceux qui ont conservé des expositions délaissées.
Une hausse « par expansion des valorisations », qu'est-ce que cela signifie ?
Que les cours montent sans que les bénéfices progressent : les investisseurs acceptent simplement de payer plus cher le même euro de profit. Ce type de hausse est plus fragile, car il suppose que les fondamentaux rattrapent ensuite le prix.
Comment lire un PER correctement ?
Toujours en relatif : face aux concurrents du même secteur et à l'historique de la société. Un PER de 5x sur un constructeur automobile et de 28x sur un fabricant de semi-conducteurs peuvent être également justifiés — les profils de croissance n'ont rien de comparable.
Faut-il arbitrer son portefeuille après un tel retournement ?
Plutôt le rééquilibrer que le retourner. Une rotation d'un ou deux mois ne dit rien du cycle à venir ; ce qu'elle rappelle, c'est que les expositions qu'on juge décevantes sont précisément celles qui amortissent ce genre de bascule.
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