À retenir
La loi de finances pour 2026 crée une taxe annuelle de 20% sur la valeur de certains actifs « de plaisir » logés dans une société soumise à l'impôt sur les sociétés. Elle vise peu de sociétés, mais frappe fort celles qui tombent dans le champ. Trois conditions cumulatives déclenchent l'assujettissement, et vous avez jusqu'au 31 décembre 2026 pour agir. L'enjeu n'est pas de comprendre la loi dans le détail, mais de savoir si votre holding est exposée et quels leviers activer à temps.
20% par an sur la valeur d'un actif, ce n'est pas un impôt de rendement, c'est un signal. Le législateur a fixé un taux volontairement dissuasif et a resserré le champ de la taxe pour la rendre défendable sur le plan constitutionnel. Résultat : elle ne concernera qu'une minorité de sociétés, mais celles qui y tombent sans l'avoir anticipé paieront cher, chaque année, jusqu'à ce qu'elles corrigent la situation. Et contrairement à la version initiale, ce n'est plus seulement la holding de tête qui est visée : chaque société d'un groupe peut être redevable pour son propre compte.
Cet article s'adresse aux dirigeants et détenteurs de holding patrimoniale. Il ne reprend pas l'ensemble des mesures de la loi de finances : il se concentre sur une question simple, celle que vous devez trancher avant la fin de l'année, êtes-vous concerné, et si oui, comment neutraliser ou réduire la taxe pendant qu'il en est encore temps.
Qu'est-ce que la taxe de 20% sur les holdings, et pourquoi elle change la donne ?
La taxe frappe la détention, dans une société à l'impôt sur les sociétés, d'actifs considérés comme n'ayant rien à y faire : des biens d'usage personnel plus que d'exploitation. L'esprit du texte est clair, dissuader définitivement de loger ce type de biens dans une structure soumise à l'IS. Le rendement budgétaire attendu est faible (de l'ordre de 100 millions d'euros), preuve que l'objectif n'est pas de collecter mais de décourager.
Ce qui a changé au fil des débats mérite votre attention. Le dispositif initial visait tous les revenus passifs à un taux modéré ; la version votée cible désormais une liste précise d'actifs « somptuaires » à 20%. Surtout, la taxe s'applique société par société au sein d'un groupe, et non plus seulement au sommet. Une filiale peut donc être redevable même si la holding de tête ne l'est pas.
Votre holding est-elle dans le champ d'application ?
Trois conditions cumulatives doivent être réunies. Si une seule manque, la société n'est pas concernée, quels que soient les actifs qu'elle détient. C'est la première grille de lecture à appliquer.
| Condition | Ce qu'elle signifie concrètement |
|---|---|
| Société soumise à l'IS | La société est à l'impôt sur les sociétés, de plein droit ou sur option. Les sociétés non soumises à l'IS (translucides) échappent de fait à la taxe. |
| Seuil de 5 M€ d'actifs | La valeur vénale (pas comptable) de la totalité des actifs de la société dépasse 5 millions d'euros. On raisonne société par société. |
| Contrôle par une personne physique | La société est détenue à au moins 50% par une personne physique, directement ou indirectement, appréciée au niveau du groupe familial (conjoint, partenaire de PACS, concubin notoire, ascendants, descendants, parfois frères et sœurs). |
| Revenus majoritairement passifs | Plus de 50% des produits d'exploitation et financiers proviennent de revenus dits patrimoniaux : dividendes, intérêts, loyers, redevances de marques ou de brevets. |
Deux points de vigilance. Le seuil de 50% de contrôle s'apprécie largement : les détentions indirectes se multiplient, une participation de 50% étant assimilée à 100% dans la chaîne, et un simple pacte d'associés peut suffire à agréger les pourcentages. Ensuite, la condition de revenus passifs est plus poreuse qu'il n'y paraît : une société immobilière qui ne perçoit que des loyers y tombe, et même une société opérationnelle peut y basculer ponctuellement, par exemple l'année où elle cède une filiale et comptabilise le produit en exploitation.
Quels actifs déclenchent la taxe de 20% ?
Le texte vise sept catégories de biens dits somptuaires, dans une logique proche de l'article 39-4 du code général des impôts sur les dépenses non déductibles. La bonne nouvelle : les actifs financiers, la trésorerie, les titres de participation et les objets d'art et de collection ont été expressément exclus.
| Actifs visés (taxables à 20%) | Actifs exclus (non taxés) |
|---|---|
| Biens affectés à la chasse | Trésorerie et liquidités |
| Biens affectés à la pêche | Titres de participation dans des filiales |
| Véhicules de tourisme non affectés à une activité professionnelle | Actifs financiers (actions, obligations, fonds, contrats de capitalisation) |
| Bijoux et métaux précieux (or physique) | Objets d'art, de collection et antiquités |
| Chevaux de course ou de concours | Immobilier loué à un vrai prix de marché, avec bail opposable |
| Vins et alcools | |
| Logements dont la jouissance est réservée à titre gratuit, pour un loyer inférieur au marché ou loués fictivement |
Le cas le plus fréquent et le plus délicat est celui du logement à jouissance réservée. Beaucoup de dirigeants ont acquis, via leur société à l'IS, une résidence qu'ils utilisent ponctuellement et se louent à eux-mêmes. Si le loyer n'est pas documenté comme un loyer de marché, ou si l'occupation est gratuite, le bien devient taxable sur sa valeur vénale. Pour l'immobilier, il suffit toutefois de démontrer une location au prix du marché ; pour les autres actifs (chevaux, or, véhicules), l'exonération suppose de prouver une véritable exploitation professionnelle, avec des moyens matériels et humains dédiés et une intention de gagner de l'argent, pas un simple actif plaisir.
Une nuance utile sur l'or : tel que le texte est rédigé, seul l'or physique (lingots, pièces) semble visé, tandis que l'or « papier », détenu via des instruments financiers, ne le serait pas. Les commentaires de l'administration fiscale seront précieux pour confirmer ce point et lever les zones grises (forêts et chasse, définition des véhicules de tourisme, jouissance partielle d'un logement).
Qui doit payer la taxe, et que se passe-t-il pour les sociétés étrangères ?
Pour une société française, l'impôt est à la charge de la société elle-même, et il n'est pas déductible de l'impôt sur les sociétés. Seule maigre compensation : les actifs immobiliers taxés à ce titre sortent du champ de l'impôt sur la fortune immobilière, mais ni les taux ni les redevables ne sont comparables. Point important pour l'immobilier, vous pouvez déduire les dettes d'acquisition du bien (pas les travaux), selon des règles proches de celles de l'IFI, ce qui réduit d'autant l'assiette.
Pour une société étrangère, le législateur ne pouvant l'imposer directement, la taxe devient redevable par l'associé résident fiscal français, à hauteur de sa participation. Un enfant résident détenant 1% d'une holding familiale luxembourgeoise contrôlée par le groupe familial ne serait ainsi taxé qu'à hauteur de ce 1%. Un mécanisme de plafonnement a été prévu pour éviter le caractère confiscatoire, et une clause de sauvegarde permet d'échapper à la taxe si l'implantation étrangère répond à de vraies raisons économiques, avec une substance réelle, et n'a pas pour but de contourner la loi fiscale française.
Comment réduire ou neutraliser le risque avant le 31 décembre 2026 ?
Le premier fait générateur porte sur les exercices clos à compter du 31 décembre 2026. Vous avez donc une fenêtre pour agir, à condition de distinguer deux situations.
Pour une acquisition à venir, tout se structure en amont. Avant d'acheter un actif potentiellement visé, posez-vous les bonnes questions : faut-il le détenir via une société à l'IS ou en direct ? La société dépassera-t-elle 5 millions d'euros d'actifs ? Une détention via une structure étrangère avec une substance réelle est-elle justifiée ? Bien anticipé, le sujet se règle avant même de tomber dans le champ.
Pour une situation existante, la démarche est un audit au cas par cas. Voici les leviers à examiner :
- Cartographier les sociétés du groupe et identifier celles qui remplissent les trois conditions, société par société.
- Repérer les actifs problématiques dans chacune, et vérifier s'ils peuvent être rattachés à une exploitation opérationnelle réelle et documentée.
- Documenter les loyers de marché pour tout logement à jouissance réservée, sans quoi le bien reste taxable.
- Arbitrer : céder l'actif devenu peu pertinent une fois le risque de 20% par an intégré.
- Sortir l'actif du bilan vers le patrimoine privé, dans des conditions fiscales acceptables, lorsque la famille souhaite le conserver.
- Utiliser la déductibilité des dettes d'acquisition pour l'immobilier afin de réduire l'assiette quand la taxe ne peut être totalement évitée (une logique proche de celle d'un OBO immobilier).
Le mot de la fin tient en trois gestes : identifier les sociétés dans le champ, vérifier la présence d'un actif problématique, puis le rendre non imposable ou le sortir. Ces arbitrages s'intègrent dans une réflexion plus large sur la transmission de votre patrimoine, la fiscalité de votre cession d'entreprise ou encore l'optimisation de votre rémunération de dirigeant. Au-delà de la taxe, un point mérite l'attention de votre conseil : loger un bien de jouissance personnelle dans une société à l'IS pouvait déjà constituer un acte anormal de gestion, avec des risques qui ne se limitent pas à 20%.
Sources officielles : code général des impôts (Légifrance), impots.gouv.fr, economie.gouv.fr.
Questions fréquentes
Ma holding détient uniquement des titres de participation et de la trésorerie : suis-je concerné ?
Non. Les titres de participation, la trésorerie et les actifs financiers sont expressément exclus de l'assiette. Une holding animatrice ou de simple détention de participations n'est pas visée par la taxe, sauf si elle loge par ailleurs l'un des actifs somptuaires listés.
Le seuil de 5 millions d'euros se calcule-t-il au niveau du groupe ou par société ?
Par société. C'est l'une des évolutions majeures du texte : chaque société soumise à l'IS s'apprécie pour son propre compte, et pas seulement la holding de tête. Une filiale de plus de 5 millions d'euros d'actifs peut donc être redevable indépendamment des autres.
Je me loue à moi-même un logement détenu par ma société : que dois-je faire ?
Documenter un loyer de marché opposable, comparable à celui pratiqué pour un vrai locataire tiers. À défaut, ou en cas d'occupation gratuite, le logement est taxable sur sa valeur vénale. Sur des biens atypiques sans marché locatif évident, cette justification demande une vraie rigueur.
L'or détenu par ma société est-il taxé ?
Selon la rédaction actuelle, seul l'or physique (lingots, pièces) paraît visé, qu'il soit conservé en banque ou non. L'or « papier », via des instruments financiers, ne le serait pas. Les commentaires administratifs à venir devront confirmer cette distinction.
Ai-je encore le temps d'agir ?
Oui. La première imposition porte sur les exercices clos à compter du 31 décembre 2026. D'ici là, un audit société par société permet d'identifier les expositions et de mettre en œuvre les corrections (justification d'exploitation, arbitrage, sortie d'actif).
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