Deux entreprises peuvent exercer le même métier, avec des bilans comparables ; pourtant, l'une emprunte deux fois plus cher que l'autre, uniquement à cause du pays où elle est installée. Ce paradoxe est le terrain de jeu de Sidney Oury, co-fondateur d'IVO Capital Partners.

Sidney Oury investit dans la dette des entreprises situées dans les pays émergents, ce qu'on appelle la dette corporate émergente. À ne pas confondre avec la dette des États émergents, ces obligations souveraines que l'on retrouve dans beaucoup de portefeuilles : lui prête aux entreprises, pas aux pays. Concrètement, il achète leurs obligations et perçoit des intérêts réguliers, plus élevés que ceux versés par des sociétés tout aussi solides installées dans des pays riches.

Pourquoi un tel écart ? Parce qu'une entreprise n'est presque jamais considérée comme plus fiable que le pays où elle émet sa dette. Une société bien gérée hérite donc de la note de son pays et doit payer davantage pour emprunter. Sidney Oury appelle cela l'effet code postal, résumé par sa formule : « mauvais pays, bonne société ». Sa conviction est qu'une partie de ce taux s'explique par le pays plutôt que par la fragilité réelle de l'entreprise. Le risque reste réel, à commencer par le défaut possible d'un émetteur, et tout le métier consiste à sélectionner les sociétés qui ne méritent pas cette défiance.

Sidney Oury a commencé sa carrière chez PwC avant de passer sept ans chez Merrill Lynch, sur les marchés obligataires. En 2012, il co-fonde IVO Capital Partners avec Michael Israel : une société de gestion française indépendante, aujourd'hui une quarantaine de personnes et neuf nationalités, spécialiste de la dette des entreprises émergentes, avec près de 3 milliards d'euros sous gestion.

'Focus Fonds' est la série signée Sapians qui donne la parole aux gérants de fonds pour décrypter leur stratégie et aider les investisseurs à mieux comprendre où placer leur argent.

Cet épisode existe aussi en version podcast sur toutes les plateformes d'écoute !

 

Au programme :


  • Qu'est-ce que la dette corporate émergente, et pourquoi n'a-t-elle rien à voir avec la dette des États ?

  • Pourquoi une entreprise solide peut-elle être obligée de payer un taux d'intérêt aussi élevé ?

  • Comment IVO sélectionne-t-il les bonnes entreprises dans des pays instables ?

  • Pourquoi les obligations sont-elles émises en dollars et non dans la monnaie locale ?

  • Comment un gérant traverse-t-il les crises de 2018, 2022 ou du Covid ?

  • Quels sont les trois critères d'un bon fonds selon Sidney Oury ?

En résumé :

L'effet code postal : une prime liée au pays

Une entreprise est rarement considérée comme plus fiable que le pays où elle émet sa dette. Une société de qualité doit donc payer un taux d'intérêt élevé simplement parce qu'elle opère dans un pays mal noté. La conviction d'IVO est qu'une partie de ce taux tient à l'étiquette du pays plus qu'au risque réel de l'entreprise. C'est ce décalage que la gestion cherche à exploiter, principalement en Amérique latine.

Un marché profond, en dollars, sans exposition aux monnaies locales

La dette corporate émergente représente aujourd'hui 2 600 milliards de dollars et environ 1 600 entreprises émettrices, soit cinq fois la taille du marché équivalent en Europe. Ce sont de grandes entreprises internationales, qui empruntent en dollars. IVO achète surtout des obligations dites seniors, remboursées en priorité : l'investisseur n'est pas exposé aux devises locales, mais il reste exposé au risque que l'entreprise ne rembourse pas.

Un rendement qui rémunère un risque réel

La dette émergente n'est pas un placement sans risque : défauts d'émetteurs, tensions géopolitiques et forte volatilité en période de crise font partie du paysage. La thèse d'IVO est de capter une prime liée à la note du pays, à condition de sélectionner rigoureusement les entreprises. Aujourd'hui, la stratégie vise de l'ordre de 7 % de rendement par an en euros, sans garantie et avec un capital exposé aux aléas de marché. Chez Sapians, ce type de placement ne s'envisage qu'à l'intérieur d'une allocation diversifiée, calibrée selon votre profil de risque.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la dette corporate émergente ?

Ce sont les obligations émises par des entreprises situées dans des pays émergents, le plus souvent en dollars. Prêter à ces entreprises, c'est acheter leurs obligations et recevoir en échange un taux d'intérêt régulier, tant qu'elles remboursent. Cette dette se distingue de la dette souveraine émergente, qui concerne les États : IVO investit uniquement sur les entreprises, pas sur les pays.

Pourquoi ces entreprises paient-elles un taux d'intérêt plus élevé ?

Parce qu'une entreprise n'est presque jamais considérée comme plus fiable que son pays. Une société aux fondamentaux solides hérite de la mauvaise note de son pays et doit offrir un taux plus élevé pour trouver des prêteurs. En pratique, elle paie souvent le double d'une entreprise comparable dans un pays riche. Le pari d'IVO est qu'une partie de cet écart s'explique par le pays plus que par le risque réel de l'entreprise, mais ce risque existe bel et bien et impose une sélection rigoureuse.

Y a-t-il un risque lié aux monnaies locales ?

Les obligations sélectionnées par IVO sont émises en dollars, et non dans la monnaie du pays. L'investisseur ne dépend donc pas des fluctuations de ces devises. En revanche, il reste exposé aux autres risques de la classe d'actifs, en particulier au défaut possible d'une entreprise, ce qui rend la sélection déterminante.

La dette corporate émergente est-elle réservée aux investisseurs avertis ?

C'est un placement technique, à risque de perte en capital, accessible via des fonds gérés par des spécialistes. Longtemps perçu comme une niche, il est aujourd'hui considéré comme une brique de rendement plus centrale, mais il s'envisage toujours dans le cadre d'une allocation globale et diversifiée, avec un horizon de placement adapté.

 

 

Attention : les performances passées ne préjugent pas des performances futures et investir comporte des risques de perte partielle ou totale en capital. Ce podcast est informatif et ne constitue pas un conseil en investissement. Toute décision doit être adaptée à votre situation. Si vous souhaitez bénéficier de conseils personnalisés, veuillez créer votre compte ou prendre rendez-vous avec un conseiller Sapians.