Un bon fonds de private equity double la mise en dix ans. C'est le repère que cite spontanément Pierre-Marie de Forville. Mais ce chiffre cache une réalité plus subtile : entre le TRI affiché par un fonds et celui que touchera réellement un investisseur, l'écart peut être considérable. Et entre le meilleur et le pire fonds d'une même stratégie, la dispersion de performance n'a rien à voir avec ce qu'on observe sur les marchés cotés.

Pour comprendre ce qui distingue un bon fonds d'un mauvais, il faut plonger dans les coulisses de l'analyse institutionnelle, celle que peu d'investisseurs particuliers voient jamais. C'est exactement ce que fait Pierre-Marie de Forville au quotidien.

Pierre-Marie de Forville est cofondateur et dirigeant d'iVesta Family Office, l'un des plus importants family offices indépendants français, et associé de Sapians, le family office nouvelle génération. Son équipe passe en revue environ 300 fonds de private equity chaque année, en approfondit une cinquantaine en data room, et n'en sélectionne finalement qu'une quinzaine.

Cet épisode existe aussi en version podcast sur toutes les plateformes d'écoute !

Au programme :


  • Quel multiple de performance distingue un bon fonds de private equity d'un fonds médiocre ?

  • Pourquoi le TRI affiché par un fonds peut-il donner une image trompeuse à un investisseur particulier ?

  • Comment un family office analyse-t-il une data room institutionnelle avant de sélectionner un fonds ?

  • Faut-il privilégier la croissance opérationnelle ou l'effet de levier dans la construction d'une performance ?

  • À partir de combien d'années un multiple de performance devient-il réellement significatif ?

  • Pourquoi la taille d'un fonds peut-elle remettre en cause sa capacité à répliquer ses performances passées ?

En résumé :

Le multiple compte plus que le TRI

Le TRI donne l'illusion d'une performance comparable à celle d'un placement liquide, mais il ne reflète pas la durée réelle pendant laquelle le capital est immobilisé. Un fonds secondaire qui achète avec une décote de 20% peut afficher, une fois annualisé sur les premiers mois, un TRI de plusieurs milliers de pourcents : un chiffre qui ne veut, dans les faits, rien dire. Ce qui se traduit en argent réel, c'est le multiple.

La qualité de la performance passée compte autant que son niveau

Deux fonds peuvent afficher le même multiple avec des origines totalement différentes : l'un peut avoir construit 80% de sa performance sur la hausse des multiples de valorisation et l'effet de levier, l'autre sur une vraie transformation opérationnelle des sociétés en portefeuille. La première n'est pas reproductible dans un contexte de marché différent ; la seconde l'est davantage.

La taille du fonds est un signal à surveiller

Un fonds qui vient de réussir est souvent tenté de lever deux à trois fois plus sur le véhicule suivant. Rien ne garantit qu'il pourra répliquer sa performance à cette échelle. Chez Sapians, cette vigilance sur la cohérence entre stratégie et taille fait partie intégrante de l'analyse avant toute recommandation à nos clients.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre TRI et multiple en private equity ?

Le TRI (taux de rendement interne) est un taux de rendement annualisé qui tient compte du facteur temps ; le multiple mesure combien de fois le capital investi a été restitué, indépendamment de la durée. Le TRI peut être trompeur sur des opérations courtes (achat à décote, sortie rapide), car il extrapole un rendement de courte durée sur une base annuelle. Le multiple, lui, reflète l'argent réellement généré.

Pourquoi les performances des fonds de private equity varient-elles autant d'un fonds à l'autre ?

Contrairement aux marchés actions large cap, où les gérants affichent des performances resserrées autour de leur indice de référence, le private equity est un marché peu efficient. Sur une même stratégie, comme le LBO mid cap européen, l'écart entre le premier et le dernier quartile peut aller d'une perte de capital à un multiple de 2,8 à 3 fois : une dispersion sans équivalent sur les marchés cotés.

Comment un particulier peut-il accéder à l'information sur la performance réelle d'un fonds ?

Les data rooms institutionnelles, qui détaillent la composition de la performance passée société par société, ne sont généralement pas ouvertes aux investisseurs particuliers ni à tous les conseillers en gestion de patrimoine. C'est précisément le rôle d'un family office ou d'un conseiller spécialisé que de challenger les fonds sur ces données pour le compte de ses clients.

À partir de combien d'années peut-on juger la performance d'un fonds de private equity ?

Pour un fonds de LBO, un multiple devient significatif à partir de 3 à 4 ans d'existence, lorsque les premières valorisations se rapprochent des conditions de sortie réelles. Pour le venture capital, l'exercice est plus complexe et plus long, les sociétés sous-jacentes générant rarement des résultats permettant une valorisation fiable dès les premières années.

Attention : les performances passées ne préjugent pas des performances futures et investir comporte des risques de perte partielle ou totale en capital. Ce podcast est informatif et ne constitue pas un conseil en investissement. Toute décision doit être adaptée à votre situation. Si vous souhaitez bénéficier de conseils personnalisés, veuillez créer votre compte ou prendre rendez-vous avec un conseiller Sapians.